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Carnet de bord 27 - 29 mars 2013

dimanche 31 mars 2013, par Paul Rapinat.

Sur le Forum social mondial, je croise des femmes tunisiennes engagées dans des associations ou qui acceptent de témoigner de leur expérience de femme dans la société tunisienne en plein bouleversement. Le nombre de créations d’associations a explosé depuis la révolution du 14 janvier 2011 en Tunisie, plus de 4000. Les femmes y sont très nombreuses, certaines découvrent le militantisme, d’autres transmettent leur expérience. Extraits...

Interview de Dalila Ben Mbarek Msadek, co-fondatrice du réseau Doustourna

Dalila Mbarek est avocate et cofondatrice de l’association « Doustourna ». Elle a récemment écrit un livre, « Je prendrai les armes... s’il le faut. » Je la rencontre sur le stand de l’association sur le campus où elle accepte une interview filmée. Le réseau « Doustourna » est un réseau social, citoyen, démocratique et décentralisé qui compte environ 4000 adhérents. Créé en janvier 2012, il est le résultat des assises de Mahdia tenues les 22, 23 et 24 juillet 2011 pendant lesquelles un projet de constitution a été rédigé de manière citoyenne et participative. Un des objectifs de cette association est d’oeuvrer pour l’instauration d’une démocratie participative garante d’une participation effective du citoyen dans la gestion et dans les prises de décision politique. Ce travail passe par une vigilance citoyenne, des formations sur la citoyenneté, l’accès à l’information, la formulation de propositions pour développer les régions et les quartiers sur le plan social, environnemental, culturel, économique et politique. La structure du réseau permet un fonctionnement de type démocratie directe. Des cellules à la base, dont le nombre de membres est limité à 30, sont totalement libres du choix de leur activité dans le cadre des objectifs du bureau, chaque cellule ayant une coordination de 5 membres. Un représentant de chaque cellule participe à une coordination locale une fois par mois. Tous les trimestres, une coordination régionale se réunit au niveau du gouvernorat, et est composée de représentant des coordinations locales. Une coordination nationale se charge du suivi et de l’évaluation des activités du réseau. Enfin, des commissions dont les membres peuvent venir des cellules s’occupent de la communication, de la logistique, de la formation et du suivi, des actions sur le terrain.

Doustourna, malgré son jeune âge, participe activement à la diffusion d’une culture juridique qui facilite le développement d’une conscience politique. Doustourna réclame un état civil et démocratique et le respect des libertés, ouvre des débats, notamment sur les insuffisances et les lacunes de l’organisation provisoire des pouvoirs publics et du règlement intérieur de l’assemblée constituante.

Interview de Saadia Mosbah, présidente de l’association M’némti

Saadia a créé un petite association pour lutter contre les discriminations raciales en Tunisie. Tunisienne noire, elle m’explique pourquoi ce combat est nécessaire et me cite des exemples de discrimination dont les noirs tunisiens sont victimes dans la société. Il s’agit essentiellement de discrimination à l’embauche ou dans des concours de la fonction publique mais aussi plus « sournoisement » dans les regards, les attitudes... Un cas a fait pas mal de bruit en Tunisie au sujet d’un enseignant noir qui venait d’être nommé dans une école et qui s’est retrouvé le lendemain de son premier cours avec la moitié de sa classe en moins car les parents ne pouvaient pas concevoir qu’un noir forme leurs enfants. La raison évoquée : en Tunisie, les élèves appellent leur maître « Sidi », ce qui est une marque de respect, et pour certains parents, ce respect ne pouvait s’appliquer à un maître noir... Conclusion de l’histoire, l’enseignant a été viré !

Interview de Melek Makdar, journaliste au quotidien tunisien « Le Temps »

Melek est une jeune femme journaliste. Elle a vécu de très prêt les événements de la révolution du 14 janvier 2011 et me raconte comment elle a vécu ce moment historique en tant que femme et journaliste. Je suis impressionné par son courage et sa détermination. Elle me détaille notamment le bras de fer qui a opposé les journalistes de Tunis hebdo, un hebdomadaire francophone où elle travaillait à l’époque, au régime de Ben Ali. Le directeur de la publication avait été limogé brutalement et remplacé par un homme sans expérience du journalisme mais ancien commissaire de police. Melek a décidé de continuer d’écrire des articles couvrant les événements sur le terrain et de les faire passer dans son journal sans qu’ils soient « validés ». L’impression d’un numéro du journal a été stoppée alors que plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires étaient imprimés. Des articles et l’éditorial ont été alors remplacés par une ancienne publicité. Plus tard, les journalistes ont décidé de publier des encarts blancs à la place de leurs articles, puis ont entamé une grève de la faim. Jusqu’à ce que le nouveau directeur soit remercié à son tour et que le journal soit placé sous administration judiciaire. Aujourd’hui journaliste au quotidien « Le Temps », Melek garde précieusement ses souvenirs en mémoire, fière d’avoir participé à un combat à la fois social (titularisation des journalistes précaires, paiement des salaires...) et pour la liberté de la presse, fière aussi d’avoir pris des risques personnels pour que la révolution en marche aboutisse. Pour elle, rien ne sera plus comme avant et même si le parti En Nahda voulait revenir en arrière, ce ne serait pas possible. La société tunisienne change et l’éveil des consciences est en cours, la société civile est mobilisée et n’a plus peur de descendre dans la rue.

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