Une délégation du Loiret pour le FSM 2013
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Carnet de bord - 26 mars 2013

mardi 26 mars 2013, par Paul Rapinat.

Le campus El-Manar est vaste. Trois universités sur six ont été réservées pour accueillir les plus de 30 000 participants attendus. La conférence des femmes est prévue à 10h dans un amphithéâtre. Auparavant, je m’inscris au FSM sous une tente et je récupère le programme fraîchement imprimé. En arrivant à l’amphi, je comprends rapidement qu’il sera difficile de filmer. La salle est comble, des petits groupes de femmes chauffent la salle en scandant des slogans en espagnol, en arabe, en anglais. Des dizaines de micros, d’appareils photo, de caméras se tendent...

Avec un peu de retard, deux femmes costumées sur la scène, l’une voilée, l’autre pas, commencent à chanter en arabe. Après cette (longue) introduction, une première femme prend la parole en arabe puis en français. La logistique de traduction semble un peu défaillante, le nombre d’écouteurs étant très limité. Il s’agit d’un appel à la lutte et à la solidarité entre les femmes du monde entier pour combattre le capitalisme sauvage qui les chosifie et les marginalise, les violente, les exclue des lieux de décision et des richesses, les abandonne au chômage et à la précarité. Lutte aussi contre les violences faites aux femmes dans l’espace privé et public, dans les moments de conflit et de paix, lutte pour les droits sexuels et reproductifs, lutte contre le patriarcat dominant et contre toutes les formes de fondamentalisme et d’intégrisme voulant s’approprier et contrôler leur corps.

Plusieurs oratrices se succèdent deux heures durant, développant ces revendications. L’accent est mis aussi sur la nécessité de profiter du FSM pour échanger, partager les expériences et ressourcer la créativité militante.

Rendez-vous est pris à 16h Place du 14 janvier dans le centre ville pour former un cortège qui ira jusqu’au stade Menzah où les plus vaillants des marcheurs assisteront à un concert et à des prises de parole.

La manifestation met un peu de temps à se mettre en place. En arrivant sur la place en avance j’ai constaté une présence policière en civil importante mais repéré un seul petit camion de police. Le gouvernement souhaite manifestement que tout se passe sans accrochage. Ce qui sera le cas. A part quelques engueulades entre des hommes et des femmes sur l’avenue Bourguiba et un léger différent à propos de ceux qui allaient être en tête du cortège. Finalement, ce seront les martyrs de la révolution tunisienne qui seront devant. Je suis le cortège et croise des syndicats tunisiens, des Palestiniennes portant fièrement des T-shirt « Je suis une femme palestinienne », des délégations égyptiennes, marocaines, algériennes (pas côte à côte !), japonaises, népalaises, basques, brésiliennes, françaises, allemandes, certains groupes sont difficiles à identifier... C’est joyeux et multicolore. Vers 18h30, je quitte momentanément la manifestation pour acheter un sandwich et je me perds dans un quartier populaire, toutes les routes sont bloquées et aucun taxi n’est libre, de toute façon, les embouteillages sont tels qu’il vaut mieux continuer de marcher. Après quelques kilomètres je m’arrête dans un café où se réunissent beaucoup d’hommes pour boire de la bière et discuter, certains voient d’un mauvais oeil toutes ces jeunes femmes du FSM qui rentrent et s’emportent un peu, mais le FSM c’est aussi pour les Tunisiens une opportunité de faire tourner une économie au ralenti... Alors les filles aussi ont droit à leur bière !

Le journal du soir sur la première chaîne tunisienne ouvre avec un reportage sur le FSM qui dure presque 20 minutes ! La journaliste insiste sur le nombre important de nationalités représentées (plus de 120), sur l’absence d’incidents, sur les revendications des femmes tunisiennes et du monde entier, sur les Palestiniens aussi dont les soutiens étaient nombreux dans le cortège, sur la recherche d’un autre monde possible différent du capitalisme triomphant. Chez Younès, tout le monde est heureux que le FSM démarre bien et sans violence. Je sauvegarde les photos et les vidéos de mes appareils et tombe dans les bras de Morphée. Demain commencent les premières interviews suite aux contacts que j’ai réussi à prendre avant de partir et sur place.

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